Regain d’activité sous-marine russe dans le Bosphore

Le sous-marin classique d’attaque B-271 Kolpino a traversé le 30/04/2019 les Détroits turcs pour rallier son port-base de Novorossiïsk. Il s’agit du quatrième submersible classique russe qui traverse le Bosphore ces dernières semaines.

Les spotters stambouliotes auront eu tout le loisir de photographier des sous-marins russes traversant le Bosphore en surface ces dernières semaines. Quatre submersibles classiques appartenant tous à la flotte de la mer Noire auront traversé les Détroits turcs (Bosphore et Dardanelles) depuis la mi-mars, jusqu’à aujourd’hui. Deux l’auront fait dans le sens Méditerranée – mer Noire (le B-268 Veliky Novgorod le 27 mars puis le B-271 Kolpino le 30 avril) afin de rallier la base russe de Novorossiïsk. Fait rarissime, deux autres sous-marins russes auront traversé ces mêmes Détroits dans le sens mer Noire – Méditerranée (le B-265 Krasnodar le 14 mars et le B-262 Stary Oskol, le 26 avril dernier).

photo : Reuters.

Une histoire de Convention…

Rarissime, car les restrictions imposées par la Convention de Montreux (1936) – qui régit le franchissement des Détroits et l’accès à la mer Noire – sur les submersibles sont très strictes. Seuls les submersibles des États riverains sont autorisés en mer Noire (art. 12). Par ailleurs, le franchissement des Détroits turcs par un ou des sous-marin(s) ne peut se réaliser que dans deux conditions énoncées dans l’article 12 du texte :

– le submersible rejoint sa base en mer Noire

– le submersible doit rallier un chantier naval situé en dehors de la mer Noire

Dans les deux cas, la Turquie doit être prévenue à l’avance.

Seule puissance à disposer d’une sous-marinade en mer Noire (hormis la Turquie qui peut circuler à sa guise entre le bassin pontique et la Méditerranée), la Russie a exceptionnellement recouru à l’article 12 pour envoyer un submersible depuis la mer Noire vers la Méditerranée. Et pour cause : avant l’admission au service actif des 6 sous-marins de type Kilo (Projet 0636.3 dont font partie les sous-marins cités), Moscou ne disposait que d’un seul submersible opérationnel en mer Noire : le B-271 Alrosa (Projet 877V). Ce dernier a bien quitté à de rares occasions son bassin de la mer Noire pour participer par exemple à l’exercice Bold Monarch 2011 avec l’OTAN en 2011, au large de l’Espagne, avant de poursuivre son périple pour rallier les chantiers russes de la Baltique et y subir un entretien.

…et d’entretien

La Russie a réactivé depuis le début de la décennie 2010 un détachement opérationnel en Méditerranée, au sein duquel évoluaient le B-268 et le B-271. Depuis leur admission au service actif fin 2016, ces deux sous-marins n’avaient en fait jamais vu les eaux de la mer Noire. Après avoir quitté celles de la Baltique qui les ont vu mis à l’eau (chantier naval de l’Amirauté, Saint-Pétersbourg), ces submersibles ont rejoint la Méditerranée orientale, où ils ont notamment pris part à des missions de frappes contre des cibles terroristes en Syrie, avec leurs missiles de croisière Kalibr.

Seulement, avec près de 2 années de service au Levant, le B-268 Veliky Novgorod et le B-271 Kolpino doivent subir un entretien « de mis parcours » que les chantiers navals de Sébastopol sont en mesure de réaliser. Cet arrêt technique intermédiaire avec passage sur dock a lieu tous les 3 à 4 années sur ce type de submersibles qui subit en outre, tous les 10 ans, un arrêt technique majeur. Cette dernière intervention ne peut, en revanche, pas être réalisée à Sébastopol et nécessite que le submersible regagne Cronstadt ou Saint-Pétersbourg.

Pour leur part, le B-265 et le B-262, livrés en 2015, ont déjà subi leur arrêt technique intermédiaire à Sébastopol en 2018, et sont donc parés pour réaliser des patrouilles en Méditerranée. Il leur faudra néanmoins, à un moment ou à un autre, se rendre en mer Baltique pour faire un « stop » dans un des chantiers russes, afin de remplir les condition de la Convention de Montreux. Les termes de l’article 12 n’explicitent toutefois pas sous quel délai les submersibles doivent gagner les chantiers situés hors de la mer Noire. Il est seulement indiqué à ce sujet que « des précisions doivent être données à la Turquie ». Gageons qu’elles l’ont été.

On ne peut donc pas parler à ce stade de contournement de la Convention de Montreux par la Russie, mais en fonction de la durée du séjour du B-262 Stary Oskol et du B-265 Krasnodar dans les eaux méditerranéennes, on en saura plus sur l’interprétation de l’esprit du texte par la Russie : extensive ou restrictive. La réaction de la Turquie sera aussi intéressante à suivre à cet égard.

source : Igor Delanoë  Le portail des forces navales de la Fédération de Russie